A propos de : l'épée, la croix et les roses...
En hommage à Jacques de Molay, pour le 699ème anniversaire de son sacrifice
L’épée, la croix, et les roses...
d’Anastasius Grün - Poète autrichien (1806 - 1876) - Schutt (Décombres)
“ Il serait trop long de lire le poème en entier.
Nous sommes dans une région de la terre labourée par le soc de la charrue :
“ Un jour il arriva qu’aux champs, les enfants
Déterrèrent un objet de fer informe;
Les découvreurs le trouvèrent trop droit et lourd pour une faucille,
Et pour un soc presque trop fin et trop léger.
Péniblement ils le traînèrent à la maison comme une rareté,
Les parents le virent - mais ne le connaissaient point.
Ils appellent alentour les voisins à la ronde,
Et les voisins le voient, mais point ne le connaissent.
Mais un vieillard est là, qui dans le monde d’aujourd’hui
Avec sa barbe blanche et son visage pâle
Se dresse, tel une ancienne légende lui-même ;
Ils le lui montrent - mais il ne le connaît pas.
Heureux soient-ils tous de ne pas la connaître !
La folie des ancêtres, depuis longtemps consumée par la tombe,
Devrait encore leur brûler les yeux comme une larme,
Car ce qu’ils ne connaissaient point - c’est une épée !
Désormais elle brisera les mottes - soc de charrue,
Et ne montrera le chemin de la crypte qu’aux semences ;
Les épopées des alouettes dans l’air ensoleillé
Chanteront les nouveaux exploits de l’épée !
A nouveau il arriva qu’un jour en labourant,
Le paysan heurta comme un morceau de roc,
Et quand la bêche l’eut libéré de sa gangue,
Apparut un étrange objet fait de pierre.
Il rassemble les voisins à la ronde,
Qui regardent - mais le le connaissent pas !
Vénérable et sage vieillard, nous informeras-tu ?
Le vieillard regarde - mais ne le connaît pas.
Bien qu’ils ne le connaissent pas, il est pourtant plein de bénédictions,
Dressé dans leur poitrine, dans son charme éternel,
Sa semence alentour fleurit sur les chemins,
Car ce qu’ils ne connaissent plus - c’était la croix !
Ils n’ont vu ni le combat, ni son signe sanglant,
Ils ne voient que la victoire et sa couronne,
Ils n’ont vu ni la tempête ni ses éclairs,
Ils ne voient que l’éclat de son arc en ciel
La croix de pierre est dressée au jardin,
Objet antique, énigmatique,vénérable,
Qu’enlacent alentour, grimpant et regrimpant,
Roses et fleurs de toute espèce.
Ainsi se tient la croix, dans l’éclat et la plénitude,
Glorieuse et riche de sens, au Golgotha ;
Le voile de ses roses en entier la recouvre ;
Depuis longtemps, sous tant de roses, on ne voit plus la croix.”
“ Mais elle est là ! La croix est là ! Les roses sont là ! ”
Rudolf Steiner
Extrait d’une conférence donnée à Dornach, le 25 septembre 1916
Les Arrière-plans spirituels de l’histoire contemporaine - GA 171
Traduction Christine Sutter et Georges Ducommun