Bouddha, le Christ et Christian Rose-Croix
Invitation à Reconnaissance - Solstice d'hiver 2008 
" .../... j’aimerais en quelque sorte déposer sous l’arbre de Noël une contribution spécifiquement anthroposophique consacrée à cette période de fête. Si nous recevons cet apport et le relions de façon juste à notre vie intérieure, l’importance de ce sujet pourra animer longtemps encore nos réflexions et nos méditations.
.../... Nous sommes ici au seuil d’un grand mystère ayant engendré une impulsion qui se prolonge dans l’évolution du genre humain. Si nous comprenons vraiment cette évolution, nous savons que tout événement qui a lieu sur terre continue régulièrement de s’infiltrer dans le cours du devenir de l’humanité. Le Mystère du Golgotha sur Mars fut différent de celui sur Terre. Il ne fut pas aussi puissant, aussi incisif et ne se termina pas par la mort. Mais nous pouvons nous en faire une idée, lorsque nous réfléchissons à la signification que peut revêtir le fait que le plus grand seigneur de paix et d’amour, le représentant de la compassion sur Terre fut envoyé sur Mars pour dorénavant en diriger l’évolution. Parce que cette planète contient les forces qui se combattent le plus entre elles, elle porte le nom de Mars. Cela n’est donc pas simplement une question mythologique. Le Bouddha eut pour mission de “se sacrifier” sur le théâtre de cette planète saturée de forces belliqueuses, bien que de nature purement psychique et spirituelle.
Nous voici donc face à un acte de celui qui était appelé à recevoir de façon juste l’impulsion du Christ, à la continuer et d’être le grand serviteur du Christ Jésus. Tel apparaît le mystère de Christian Rose-Croix, de cet individualité qui fut un si grand sage et sut, pour autant que cela dépendait de lui, insérer dans l’évolution de l’humanité, toutes les impulsions qui précédèrent l’événement du Golgotha.
Un sujet comme celui que nous venons d’exposer ne se reçoit pas sous forme de concepts et d’idées seulement; c’est au niveau du coeur et de l’âme qu’il doit être ressenti dans toute sa profondeur et dans toute son étendue.
Il faut savoir ressentir ce que veut dire : parmi les forces que nous introduisons dans l’évolution actuelle, lorsque nous nous incarnons sur terre, il y a aussi celles du Bouddha. Elles furent déplacées vers une sphère que nous parcourons entre la mort et la nouvelle naissance, afin de nous insérer ensuite de façon juste dans la vie terrestre. Car ici bas, entre la naissance et la mort, nous avons la tâche d’établir des rapports justes avec l’impulsion christique, le mystère du Golgotha. Or, pour y parvenir, il faut que toutes les impulsions s’ordonnent harmonieusement. Le Christ est venu d’autres mondes pour s’unir à l’évolution de la terre. Il doit donner à l’homme la plus grande impulsion que l’âme soit capable d’assimiler. Mais pour rendre cela possible, les forces en jeu dans l’évolution de l’humanité doivent nécessairement intervenir au moment propice du devenir. Le grand Maître du nirvana, qui exhortait les humains à affranchir leur âme du désir de la réincarnation, ne devrait pas agir sur le plan même où les hommes accomplissent leur réincarnation. Selon le grand dessein tissé par les dieux, et auquel les hommes sont appelés à participer parce qu’ils doivent servir les dieux - selon ce dessein, ce grand instructeur avait à poursuivre son action au niveau de la vie qui se déroule entre la mort et une nouvelle naissance.
Essayez maintenant de ressentir combien cette façon de voir les choses est profondément justifiée, essayez de voir sous cet éclairage comment évolue l’humanité, et vous comprendrez pourquoi le Bouddha dut précéder le Christ Jésus et quelle fut son action après que l’impulsion christique eut imprégné le monde. Efforcez-vous d’approfondir cela, et vous verrez à sa juste lumière la nouvelle évolution de l’humanité, la récente évolution spirituelle qui débute au XVIIeme siècle, et dans laquelle vous êtes vous-mêmes impliqués. Sachez que c’est avant de se réincarner que les âmes humaines reçoivent les forces qui leur permettent de progresser ici-bas.
Voilà ce que je voulais dire à l’occasion de cette fête importante. Il ne s’agit pas de l’habituelle allocution de Noël, mais d’un genre de cadeau de Noël, d’un don se rapportant à Christian Rose-Croix. Peut-être quelques-uns ou même beaucoup, d’entre vous accueilleront-ils ce présent pour ce qu’il veut être : un encouragement pour le coeur et l’âme, un viatique dont nous avons besoin pour nous mouvoir avec assurance au milieu des harmonies et des disharmonies de l’existence. Si, à la Noël, notre âme peut-être fortifiée par la certitude d’être en rapport avec les grandes puissances du cosmos, un cadeau de fête comme celui qui est déposé sous l’arbre de Noël nous permettra d’emporter de ce lieu de travail anthroposohique des forces capables de nous stimuler tout au long de l’année. Nous y parviendrons d’autant mieux que nous saurons conserver cet encouragement pour la période qui va d’une fête de Noël à la suivante.
Rudolf Steiner à Berlin le 22 décembre 1912 : Christian Rose-Croix et la fête de Noël
Extraits de la conférence - GA 141 - Messages de Noël Série à thèmes N.3 - Sciences de l’esprit aux Editions Anthroposohiques Romandes