Le conte du Serpent vert. Un résumé ?! ...
Impossible résumé du Serpent vert :
" Il n'était pas une fois, il est toujours.
L’annonce du conteur : « Ce soir je vous promets un conte qui ne vous rappellera rien et vous rappellera tout. »
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Deux grands Feux follets, agités, ont souhaité passer l’eau. En pleine nuit. Ils n’ont pas hésité à déranger le Passeur et veulent le payer pour sa peine avec des pièces d’or. En se secouant, ils les déversent dans la barque. Le Passeur n’est pas d’accord : le Fleuve « ne peut pas souffrir ce métal ». Il les laisse quand même repartir mais après leur avoir indiqué le prix qu’il leur faudra payer. Le fleuve n’accepte que des fruits de la terre. Il faudra trois choux, trois artichauts et trois gros oignons.
Arrivés sur l’autre bord, ils se rendent compte, mais le passeur est déjà loin, qu’ils ont oublié le plus important…
Le Passeur va devoir ramasser les pièces d’or et aller les déverser loin du fleuve, dans une crevasse entre des rochers. Le tintement des pièces réveille le serpent. Quand il aperçoit les disques lumineux, avec grand appétit, il les avale. A sa grande joie, il devient lui-même lumineux et transparent.
Puis, il se met en chemin pour découvrir qui pourrait bien avoir dispensé ce bel or dans sa crevasse. Dans la plaine, il voit, de loin, une clarté semblable à la sienne. Il s’y dirige et finit par arriver, fatigué, dans un marécage où nos deux Feux follets jouent.
Ils se secouent pour lui servir une quantité de pièces d’or !... Tant, que le serpent ne pouvait qu’à peine avaler assez vite la précieuse nourriture. « Demandez moi ce que vous voudrez, leur dit-il quand il fut repus, je ferai pour vous tout ce qui sera en mon pouvoir. » « Fort bien ! » s’écrièrent les Feux follets. « Dis-nous où se trouve le palais où demeure Lis-la Belle ? ».
Le Serpent leur apprit qu’il était de l’autre côté de la rive. Consternation !
Comment vont-ils pouvoir retourner ? Avec l’Ombre du Géant, qui peut tout porter, au lever ou au coucher du soleil ? « Ou bien, à la chaleur de midi, je pourrais vous passer et vous présenter à Lis-la Belle», leur dit le Serpent. Ils se séparèrent.
Le Serpent se dirigea vers un rocher, fermé de toute part, qu’il avait découvert et qui lui semblait contenir des objets singuliers. Il s’y glissa pour satisfaire sa curiosité, comptant cette fois sur sa propre lumière pour l’éclairer.
Il y découvrit des statues. Une était d’or, c’était celle d’un Roi, vénérable, avec une couronne de chêne. Le Roi lui posa quelques questions auxquelles il répondit. Dans une niche voisine, un Roi d’argent, sa ceinture et son sceptre ornés de pierreries.
Une veine sombre s’illumina éclairant tout le sanctuaire. Le Serpent vit le troisième Roi. Il était d’airain et couronné de lauriers. Le quatrième, il n’eut pas le temps de l’observer.
Un vieil homme s’avançait, qui portait à la main une petite lampe. Sa lumière ne projetait aucune ombre dans le temple. Il s’entretint avec les rois.
Le Serpent examina alors le quatrième Roi. Il était fait d’un mélange irrégulier des trois métaux de ses trois frères. Le Vieux reçut un message du Serpent et s’écria d’une voix forte : « Les temps sont venus ! » Le temple retentit.
Ils sortirent rapidement, un vers l’orient, l’autre vers l’occident. Tous les couloirs de pierre empruntés par le Vieux se remplirent d’or sur sa trace. Sa Lampe avait de merveilleux pouvoirs.
Le Vieux rentra dans sa cabane et retrouva sa femme profondément affligée. Elle lui raconta qu’elle avait eu la visite de deux turbulents voyageurs, en habit de légères flammes, qui avaient été très pressants avec elle. Ils avaient aussi léché tout l’or, du haut jusqu’en bas des murs, qui apparaissaient de pierre maintenant, et en se secouant ils avaient fait tomber une quantité de pièces d’or… et quel malheur ! « Notre Carlin en a mangé… et le voilà mort. Et moi qui leur ai promis de payer leur dette chez le Passeur…» gémit la Vieille.
En présence du Vieux et de sa Lampe, la cabane retrouva peu à peu ses murs couverts d’or. Et leur Carlin ? Il se transforma en le plus bel onyx que l’on peut imaginer.
Le Vieux indiqua à sa femme de prendre sa corbeille, d’y déposer trois choux, trois artichauts et trois oignons, et de les porter au Fleuve. Puis d’aller chez Lis-la Belle lui porter l’Onyx, et de lui annoncer que sa délivrance est proche. Qu’elle peut considérer le plus grand malheur, comme le plus grand bonheur, car les temps sont venus.
Quand le jour parut, elle se mit en chemin. Un moment, elle faillit marcher sur l’ombre du Géant qui sortait du bain ! Il lui enleva et mangea un chou, un artichaut et un oignon . Puis, il remonta le Fleuve.
Quand elle arriva sur la rive du Fleuve, le Passeur, qui faisait traverser un noble et beau Jeune Homme, ne put recevoir sa marchandise, incomplète… Sauf ! Sauf, si elle s’engageait envers le Fleuve. Comment ? Il lui faudrait tremper sa main dans le fleuve et promettre de payer le solde de sa dette dans les vingt-quatre heures.
Elle accepta, trempa sa main dans le Fleuve, et aussitôt, sa main devint noire comme du charbon, et commença à diminuer ! Elle pourrait même finir par disparaître entièrement !
Elle reprit alors rapidement son chemin et rattrapa le Jeune Homme. Il était plongé dans une tristesse profonde. « Vous allez vers Lis-la-Belle ! Alors notre but est le même. »
Le Jeune Homme lui expliqua qu’il était devenu indigent, car les yeux bleus de Lis-la-Belle ont une si malheureuse influence qu’ils enlèvent toute force aux êtres vivants qui l’approchent. L’attouchement de sa main les réduit à l’état d’ombres vivantes et vagabondes. Le Carlin, lui semblait un « Heureux animal » « Tu seras touché de ses mains et tu seras animé par elle, tandis que les vivants doivent la fuir pour ne pas éprouver une triste destinée. »
Pendant qu’ils discouraient, ils virent l’arche majestueuse du Pont ; d’émeraude, de chrysoprase et de chrysolithe,… Ils ignoraient la métamorphose que le Serpent avait subie. A peine furent-ils sur l’autre bord que le Pont commença à se mouvoir, et que le Serpent vert, dans sa véritable forme, rampa sur la terre à leur suite. Il chuchotait, convenant avec deux voix, d’un rendez-vous dans le parc de Lis-la-Belle...
Quand ils arrivèrent dans le jardin, la femme au chien métamorphosé s’approcha la première. Lis-la-Belle chantait s’accompagnant délicatement de la harpe, mais elle pleurait la mort de son dernier favori, son pauvre petit canari...
« Reprenez-vous ! Courageusement ! Lui dit la femme. Mon vieux mari vous fait dire de considérer le plus grand malheur comme présage du plus grand bonheur, car les temps sont venus. Et véritablement, poursuivit la Vieille, tout va dans le monde sens dessus dessous !» Sa main devenait de plus en plus noire et de plus en plus petite…
Elle lui offrit le Carlin d’Onyx : « Vous pouvez animer par votre attouchement cette pierre précieuse… Je serais moins triste de perdre mon cher Carlin, égayée par la pensée que vous le possédez. »
Lis-la-Belle chanta :
« Quel secours trouverai-je en tant d’heureux présages ? …
Pourquoi le temple n’est-il pas au bord du Fleuve ?
Pourquoi le Pont ne joint-il pas les deux rives ? »
Puis elle lui confia le corps de son pauvre petit canari : « Priez la Lampe de le changer en une belle topaze… »
Le Serpent vert lui dit d’avoir bon courage, car : «La prédiction du Pont est accomplie. Et le Temple est bâti. Il est encore dans les profondeurs de la terre, mais j’ai vu les Rois, je leur ai parlé et j’ai entendu cette parole retentir dans le Temple : « les temps sont venus. »
C’était la seconde fois qu’elle entendit ces mots heureux. « Quand viendra la troisième fois ? »
Le Carlin ranimé, d’une moitié de vie seulement, jouait avec Lis-la Belle.
Le Jeune homme, lui, ne supportait plus la douleur de passer et repasser le Fleuve en vain. « Si des pierres peuvent reposer sur ton sein, puissé-je devenir une pierre ! Si ton attouchement donne la mort, je veux mourir de tes mains. » Il s’élance vers la belle, elle tente de l’arrêter, recule en poussant un cri… mais il tombe sans vie, de ses bras, sur la terre.
Le malheur était arrivé ! Le monde entier était mort avec son ami. Son muet désespoir ne cherchait plus aucun secours… Le Serpent de son corps souple, forma un grand cercle autour du cadavre, prit avec ses dents le bout de sa queue, et resta immobile.
La douleur de la Belle se répandit en larmes, ses deux suivantes la recueillirent dans leurs bras…
Le Serpent siffla doucement : « Qui nous emmènera l’Homme à la Lampe, avant le coucher du soleil ?» La vieille femme oubliant sa propre détresse, courut de toutes ses forces. Et quand l’Autour aux plumes empourprées vola dans le haut des airs, sa gorge reflétant les derniers rayons du soleil, déjà l’Homme à la lampe arrivait avançant sur le lac, comme avec des patins.
« Le génie de ma Lampe m’entraîne et l’Autour m’emmène en ce lieu. Un seul ne peut rien, il faut qu’il s’unisse à beaucoup d’autres dans le moment propice. Tiens ton cercle fermé, poursuivit-il en se tournant vers le Serpent. Apportez aussi le gentil Canari. » Et il éclaira le corps inanimé.
Les assistants, se regardaient les uns les autres, dans une attente muette… Les deux Feux follets les avaient retrouvés. A minuit, le Vieux observa les étoiles. « Nous sommes réunis à l’heure propice. » se prit-il à dire. « Que chacun accomplisse sa tâche, et un bonheur général absorbera les douleurs particulières… »
Eveillés, dès les premiers rayons du soleil, ils se mirent en route, les uns après les autres. Toute la compagnie arriva au bord du Fleuve. Une arche magnifique s’élevait, le Serpent bienfaisant leur offrait un brillant passage.
Quand ils furent sur l’autre bord, le Serpent proposa de se sacrifier... Lis-la Belle toucha le Serpent de sa main gauche et son amant de sa main droite… A l’instant même le Prince revint à la vie, le Canari voltigeant sur ses épaules. Le beau corps du Serpent forma un beau cercle de pierres étincelantes, que le Vieux jeta, jusqu’à la dernière, dans les flots, comme des étoiles scintillantes.
Et ils reprirent leur chemin, tous ensemble. Le Vieux à la Lampe, frayait le passage dans le rocher qui s’ouvrait devant lui, sa femme étendant sa main vers sa lumière afin qu’elle ne diminue plus.
Les feux follets ne se firent pas prier pour consumer de leurs flammes l’or de la serrure et les verrous. Les portes du sanctuaire s’ouvrirent.
Les trois Rois et le Roi composite s’entretinrent avec le Vieux sur le monde. Puis il déclara « car les temps sont venus ». C’était la troisième fois.
Alors ils se tinrent, ensemble. Sauf les mobiles Feux follets qui ne s’apercevaient de rien. Le Temple comme un navire quand les ancres sont levées, se mit à sortir de terre, il passa sous le fleuve, absorba la cabane du Passeur… La vertu de la Lampe enfermée dans la cabane l’avait changée et un magnifique petit temple, travaillé en bosse, qui s’élevait dans le grand.
Le Passeur était aussi parmi eux. La Vieille sur les conseils de son mari courut se tremper dans le fleuve. « Toutes les dettes sont payées. » lui dit-il.
Les trois Rois qui avaient mis leurs distances avec les deux Feux follets s’étaient levés chacun leur tour quand le vieux avait déclaré : « Trois puissances règnent sur la terre : La sagesse, l’apparence et la force.»
Le Roi composite lui, s‘était affaissé. Tout à coup sa statue se brisa, ses veines d’or, même les plus fines, ayant été absorbées par les Feux follets.
Le Jeune Homme conduit par l’Homme à la Lampe au devant des trois Rois, se ceignit d’une épée, dans son fourreau d’airain, prit le sceptre dans la main gauche : « Pais les brebis ! » lui dit le Roi d’Argent. Le Roi d’or lui posa la couronne de chêne sur la tête et lui dit : « Connais ce qui est le plus élevé. »
Métamorphosé, il se tourna vers Lis-la Belle et prit la jeune fille dans ses bras. « Et la force d’amour ?, demanda-t-il au Vieux, tu l’as oubliée ? »
« L’amour ne règne pas, dit alors le Vieux en souriant, il donne forme, et cela est plus. »
Le jour était maintenant tout à fait revenu. Devant le temple une grande place, elle était entourée de colonnes, et au bout… un pont magnifique avec de nombreuses arches faisait déjà traverser des milliers de voyageurs. « Bénis la mémoire du Serpent, dit le Vieux… tes peuples lui doivent le Pont par lequel ces rives voisines sont animées et réunies. »
Quatre belles jeunes filles se présentèrent à la porte du temple, On reconnut les trois compagnes de Lis, mais la quatrième ? La plus belle ?...
Sa femme, et jusqu’au prochain millénaire.
Encore un moment délicat.
Le grand Géant ! Il s’approchait et s'approchait toujours d’avantage… mais il ne nuisait plus, il était bouche bée. Il demeura fixé au sol au milieu de la cour, puissante et colossale statue d’une pierre brillante et rougeâtre ; son ombre se mit à indiquer les heures, en nobles images pleines de sens.
Et les Feux follets… En se retirant, ils avaient encore une fois voulu se donner du plaisir, en faisant tomber des pièces d’or. Pendant quelques temps l’avidité du peuple l’avait fait se presser, se déchirer, même lorsqu’il n’en tomba plus... Puis, il alla son chemin.
Encore aujourd’hui, le pont fourmille de voyageurs, et le Temple est le plus fréquenté de toute la Terre."
Le serpent vert de Johann Wolfgang von Goethe - Extrait de : Entretiens d’émigrés allemands - 1795 - Version Résumée par Fr. dB.